Imposture de l’économie

« Loi de la maison ». C’est ce que signifie, primitivement, le mot économie, utilisé pour la première fois par Xénophon dans son ouvrage éponyme. Il donnait toute une série de conseils pour arriver à une « saine gestion » de l’espace domestique. Il est vrai que la discipline actuelle, telle que délimitée par Michel Foucault dans les Mots et les Choses, est ce que l’on appelle désormais économie politique. Le second terme est souvent passé à la trappe et ne reste que ce vieux mot grec. On parle même d’économétrie pour la partie plus « hard science » d’une discipline intellectuelle qui se définit elle-même comme science. Mais il s’agit là d’une véritable imposture intellectuelle, car ce sont bien plus des savoir-faire que des savoir, à proprement parler.

Mais l’économie politique est devenue bien plus qu’elle-même, elle se déborde en se caricaturant. Comme tout le monde peu le constater, elle est devenue l’oracle moderne. Mais contrairement aux oracles du passé, elle se trompe en permanence sans pourtant perdre son double statut de science et d’oracle. Autant d’aveuglement laisse songeur. Cela veut certainement dire que l’économie touche désormais au mythe et dépasse la vie ordinaire par bien des aspects. Comme Guy Debord disait que l’économie ne devait être que l’une des manifestations de la vie sociale, on peut se demander pourquoi l’économie (et, par voie de conséquence, les économistes) sont autant sollicités pour se prononcer sur l’avenir du monde. Ce sont eux qui donnent le « la », mais la note est presque toujours fausse.

Les marchands ont en fait si complètement remporté la bataille que voir la vie sous un autre angle que celui proposé par l’économie passe pour pure folie ou irréalisme aberrant. Pourtant, quoi de plus éloigné de la vraie vie que cette économie sans cesse fascinée par ses propres modèles et théories au point de refuser la réalité ? Et le recours constant aux mathématiques n’y change strictement rien, au contraire. Le réductionnisme économique est une violence de plus sur les sociétés censées profiter de la science économique… On rêve les yeux ouverts.

En tant que géographe, il est particulièrement choquant de voir à quel point l’espace est trop souvent négligé encore maintenant par les tenants des diverses théories économiques qui fleurissent périodiquement ici ou là. Ici ou là, c’est à dire plutôt dans le monde anglo-saxon protestant. Ce qui n’est guère un hasard, si l’on veut bien se rappeler les travaux de Max Weber sur ce sujet. L’un des aspects les plus angoissants de la mondialisation, c’est bien cette sorte de mise au pas culturelle qui en passe par l’adoption d’habitudes de « consommation » collectives parfaitement calibrées, préparées et imaginées dans une perspective de simplification de la demande, et essentiellement aux États Unis. Or, les besoins des hommes ne sont pas standards, à moins d’opérer un nivellement général pour obtenir une « clientèle » docile et toujours avide de consommer plus. L’ultime pointe de cette évolution ce serait peut être ces « gainers » étasuniens qui, déjà en surpoids, revendiquent leur obésité présente ou future comme un aboutissement…

Imposture donc mais qui nous gouverne et décide des vies de centaines de millions de personnes sur cette terre. Imposture qui se base, notamment, sur un véritable mythe de notre temps, celui de la croissance (on pourrait aussi lui mettre un C majuscule, tant elle est déifiée, fantasmée). Croissance ! Obsession morbide de notre temps ! Temps où règne la quantité, comme René Guénon et d’autres ont pu l’écrire. J’y reviendrai. Obsession qui masque des enjeux bien plus profonds et importants, et qui, une fois de plus, fait oublier la diversité de la terre et des populations qui y vivent.

Violence pour violence, ce qui se passe aujourd’hui avec la prétendue « crise de la dette » montre nos gouvernants sous un jour peu flatteur. Mais ceci est une autre affaire…

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A propos Brice Gruet

French geographer and artist
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Un commentaire pour Imposture de l’économie

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