Sur la « mort de Dieu » (1/2)

Nota bene: Les notes que j’inaugure dans cette rubrique n’ont pas prétention à être scientifiques, contrairement à ce que je peux publier par ailleurs. Elles n’engagent que moi bien entendu et leur caractère personnel ne préjuge pas de mes autres travaux. Elles sont des notes préparatoires en vue de travaux et essais plus aboutis et argumentés.

L’aphorisme 125 du Gai Savoir, de Friedrich Nietzsche, publié en 1882, énonce de manière lapidaire ce qui va devenir une expression consacrée: « Dieu est mort ». Oxymore cinglant puisqu’il allie la mortalité à l’éternité.

En lisant cet aphorisme (on peut le trouver ici), plus d’un siècle après sa publication donc, il est frappant de constater son caractère prophétique: la sécularisation a fait de grands pas un peu partout dans le monde et le processus semble inéluctable. On peut aussi y déceler une forme de programme dont l’auteur semble se réjouir, même si le personnage mis en scène (« l’insensé »), s’en lamente quant à lui. Constatation amère, la « mort de Dieu » est devenue une de ces banalités que l’on retrouve un peu partout, pris comme un fait acquis.

Mais si la formule de Nietzsche semble vraie pour une bonne partie de l’Europe et encore plus pour la France, un rapide tour du monde apporte un démenti brutal. Jamais les questions religieuses n’ont été aussi aiguës, même si le religieux n’est pas le spirituel, et même si le littéralisme, pornographie de notre époque, étouffe la sincérité de la foi.

Dans le domaine des arts, de la littérature, la mort de Dieu est à l’œuvre depuis longtemps déjà. Cela crée un certain nombre d’impasses qui font le jeu d’artistes dépourvus de toute vision métaphysique. La version du monde qui se dégage de ces œuvres est désespérante et proche du nihilisme. Effectivement, « nous » avons tué Dieu, mais sa mort n’était qu’apparente. Comme dans Huis Clos de Sartre, où personne ne pense que les portes et les fenêtres peuvent s’ouvrir, beaucoup de nos contemporains restent assis dans leur fauteuil au lieu de se lever pour aller voir par eux-mêmes si les ouvertures sont vraiment condamnées…

Dans le domaine des sciences humaines, la mort de Dieu a produit des résultats étonnants et décevants tout à la fois: une auto-censure qui pousse à mettre de côté tout aspect métaphysique pour éviter de s’attirer les foudres des positivistes, toujours bien vivants quoiqu’on en dise. Et l’exonération de la métaphysique produit en choc de retour des théories sans racines, pour ainsi dire hors-sol, qui vivotent et meurent car elles refusent tout terreau fécondant, si ce n’est celui de la seule raison.

Or, délimiter un univers strictement rationnel pour une science, c’est la mutiler, dans le sens où toute théorie scientifique authentique puise son inspiration dans des spéculations métaphysiques (avouées ou non, ceci est une autre affaire). La théorie quantique en est l’exemple le plus connu, avec des personnalités comme Planck, Schrödinger ou Bohr. Les chiffres dits arabes proviennent de hautes spéculations nées en Inde, notamment autour du zéro. Et les exemples seraient nombreux. Mais la légende dorée de la « Science » (le S majuscule s’impose alors) oublie volontiers cet aspect et campe ses grands hommes en héros de la Raison (là aussi le R majuscule s’impose…).

Pour en revenir à la prétendue « mort de Dieu », elle révèle, in fine, un ethnocentrisme dont la philosophie européenne (mais c’est un pléonasme) se rend souvent coupable: on croit facilement être à l’avant-garde de la pensée, de sorte que, tôt ou tard, le monde entier nous emboîterait le pas pour communier avec nous dans les idées qui nous seraient le plus chères. L’émergence récente d’une world history qui contredit clairement l’histoire à l’européenne nous rappelle que les idées et les concepts ont leur géographicité propre. L’oublier, c’est penser bien naïvement que l’universel va toujours dans notre sens.

Faire l’économie du spirituel en science c’est demeurer à la surface des choses.

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Bonjour le monde!

Le titre est juste la traduction de la formule « hello world » placée automatiquement par WordPress comme titre du premier « post » du site. Après tout, « bonjour le monde! » c’est plutôt réjouissant et même optimiste. J’avoue lire peu de blogs, je ne sais pas si celui-ci sera lu davantage! Mais je vous propose, à vous lecteurs encore bien imaginaires, de me suivre dans les méandres informatiques pour découvrir tout ce que la terre et le cosmos peuvent nous offrir de beau, de merveilleux ou d’abominable.

J’avais créé deux autres blogs, qui restent encore parfaitement virtuels. Le premier s’intitulait « Feuillets de sable », en hommage à Borges, mais aussi pour signifier que tout ce qui se publiait sur le web me semblait voué à un oubli et une disparition sinon immédiate, du moins rapide. En même temps, ces feuillets décomposés par le vent électronique du Réseau pourraient sans doute aller féconder, ou déranger, d’autres lecteurs, d’autres pensées…

Le second blog s’appelait Pikilia, comme ces petits plats que l’on vous sert en rafale dans les restaurants grecs, équivalents des mezzés libanais ou des zakouski russes. L’idée était de présenter « un peu de tout » des réflexions sur divers sujets, au risque de la vanité ou de la présomption, dès lors qu’il s’agit de présenter ses pensées profondes à des inconnus pas forcément enclins à vous lire de prime abord.

Alors ce site se trouve donc à la confluence de ces diverses images, entre nourriture variées et voyages involontaires, j’espère que vous y trouverez, tout simplement, votre compte.

Bonne visite, et n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Brice Gruet

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